Elections générales 2024 – une déroute historique pour le parti conservateur

Ainsi s’achèvent 14 années au pouvoir du parti conservateur

En chiffres 

59,85 % de participation, le plus petit score depuis 2001. Un des plus faibles taux depuis… 1885.

LABOUR 412 (+211), CON 121 (-251),
LD 72 (+64), SNP 9 (-39) GREEN 5 (+4), REFORM 5 (+5)

264 femmes élues – 40% des parlementaires. En progrès de 6% par rapport au précédent scrutin. On compte 51% de femmes dans la population.

 

Source : infographie de la chambre des communes

 

Le parti conservateur a subi une déroute historique le 5 juillet 2024.  Un « désastre », un « massacre », une « hécatombe », des 368 élus sortants il ne reste que 121. C’est le plus petit groupe parlementaire depuis 1906.  Avec 23,7 %, le parti perd 20 points par rapport au scrutin précédent. Une chute à la mesure du ras le bol engendré par des années de politique d’austérité, accentuée par un Brexit chaotique et une gestion calamiteuse de l’épidémie de Covid19.

Le « mur rouge » au nord, conquis par Boris Johnson, est repassé au Labour, pas un siège gagné en 2019 n’a pu être défendu. Le parti a totalement disparu du Pays de Galles, de Cornouailles, le sud-ouest voit renaître les anciens bastions des libéraux démocrates.

Les bastions au centre et au sud ont été emportés. Le Surrey totalement conservateur a basculé du côté des libéraux démocrates. Dans le Grand Londres, le parti est relégué en banlieue, et n’a plus un seul élu dans le centre.

Malgré les appels au calme et à l’unité dans le parti, encore sonné par l’ampleur de la défaite, certains règlent déjà leurs comptes et désignent des coupables. Notamment Boris Johnson, qui porte une lourde responsabilité dans la défaite, désigne le Reform Party de Nigel Farage coupable. À l’aile droite du parti, on va sans doute approuver cette prise de position : celle-ci croit fermement que les tories n’ont pas gouverné suffisamment à droite.  Une façon confortable d’oublier que les électeurs, gagnés sur l’extrême droite en 2019 avec la mise en place -laborieuse- du brexit, sont retournés du côté de Farage.

Le problème avec cette théorie bancale, c’est qu’elle ne tient pas compte de la fuite de l’électorat conservateur vers l’abstention en premier lieu, puis vers les libéraux démocrates et dans une moindre mesure vers le Labour. D’ailleurs, un Jacob Rees Mogg a été battu par un candidat Labour dans un bastion tory, 15 autres ministres l’accompagnent. Les sièges qui étaient détenus par d’anciens premiers ministres ont également été perdus (David Cameron, Theresa May, Boris Johnson, Liz Truss).

Seule consolation dans ce marasme qui a bien failli lui être fatal, le parti conservateur demeure le principal opposant au gouvernement, mais il risque de manquer d’élus au parlement pour fonctionner convenablement face au gouvernement Labour. Mais avant cela, le parti doit trouver qui va succéder à Rishi Sunak.

Les libéraux démocrates ont pris l’habitude d’annoncer avant chaque élection générale que, cette fois, ce sera la percée his-to-ri-que. Cette fois, c’est vrai. C’est le meilleur résultat du parti depuis 1923 : 12% et 3 501 040 suffrages. Des victoires symboliques en Ecosse, au Pays de Galles et dans les anciens bastions conservateurs du sud. Le parti regagne ses anciens points d’appui en Cornouailles et dans le Devon.  72 parlementaires (62 en 2010). Que fera Ed Davey face au pléthorique contingent du Labour ? Sans aucun doute, il ne devrait pas ménager Keir Starmer. Il envisage sur le long terme de supplanter les tories.

Un triomphe du haut de 34 % des suffrages, et 65 % des sièges.

En face, la direction du Labour et Keir Starmer veulent croire à leur récit d’un Labour qui renoue avec le raz de marée de 1997. Keir Starmer a longuement pourchassé les tenants de l’aile gauche du parti, et s’est accommodé de la fuite de 100.000 adhérents en l’espace de trois ans. Les quelques élus sortants rescapés de l’aile gauche du parti ont fait profil bas.

Suffrages en berne pour le Labour

2015 ~ 9,3 millions  2017 ~ 12,9 millions  2019 ~ 10,3 millions  2024 ~ 9,7 millions

Après la mise au pas du parti, la direction s’est attachée à présenter un programme minimaliste pour amadouer les milieux d’affaires.

À force de ne pas vouloir faire de vagues, de ne pas faire de faux pas, il parait logique que la principale motivation de 73% de l’électorat était d’utiliser le vote Labour pour chasser les conservateurs (ni le leader ou le programme n’ont pesé pour favoriser le vote en faveur du parti). Signe de nervosité, la direction du Labour a consacré beaucoup d’énergie et de moyens pour faire pression en faveur du vote utile au détriment des candidats écologistes.

Starmer a également réservé un traitement particulier à l’ancien leader du parti, Jeremy Corbyn, qui n’a pas obtenu l’investiture du parti dans sa circonscription. Il s’est présenté en candidat indépendant (provoquant par conséquence son exclusion), et l’a emporté largement sur le candidat officiel du parti, 49,2% des suffrages contre 34%. Il ne manquera pas de souligner au parlement un gouvernement Labour (qui) « n’offre pas d’alternative économique sérieuse à ce que font les conservateurs ».

3 autres candidats indépendants proches de Jeremy Corbyn l’ont emporté sur le Labour.  Ils ont axé l’essentiel de leurs campagnes sur la question de la Palestine, en opposition au soutien de Keir Starmer à Israël. Il a tardé a demander un cessez le feu à Gaza, provoquant des dissensions dans le parti et des dizaines de démissions d’élus locaux.

Dans sa circonscription, Keir Starmer reçoit aussi un avertissement, il perd 17,9% des voix face à un candidat indépendant Andrew Feinstein qui rassemble 18,9% des  suffrages.

Nombre de suffrages obtenus par Keir Starmer dans la circonscription d’Holborn – St Pancras :
41 343 en 2017, 36 641 en 2019, 18 884 en 2024.

Jonathan Ashworth, membre du cabinet fantôme, a été éliminé de dans sa circonscription du Nord de l’Angleterre face à un indépendant, Shockat Adam, qui a axé sa campagne sur le soutien aux Palestiniens.

Wes Streeting, tenant de l’aile droite du parti,  et ouvertement partisan de la privatisation des services de santé, n’a sauvé son siège qu’avec 500 voix d’avance sur la candidature indépendante. Jess Phillips de l’aile droite du Labour à Birmingham gagne de justesse contre une candidate du Worker Party of Britain de Galloway (lui-même battu à Rochdale), 31% contre 29%. Elle perd 26,9% des suffrages. Le WPB obtient son meilleur résultat électoral (210 000 suffrages à l’élection nationale).

Le Labour a aussi permis la réélection de l’ancien leader conservateur Iain Duncan Smith, alors que son siège pouvait basculer. Faiza Shaheen a perdu l’investiture du Labour, coupable d’avoir aimé des tweets considérés comme minimisant des accusations d’antisémitisme. Smith l’emporte avec 35% des suffrages, tandis que la candidate Labour et Faiza Shaheen recueillent 25.8 et 25.7 % des voix.

Secoué par les candidatures indépendantes, le Labour voit surgir une concurrence accrue du côté des écologistes.

Lentement mais surement, le parti s’affirme face au Labour. Les percées aux élections locales se traduisent aussi par des victoires aux élections générales. 1 941 227 suffrages (7% des voix), 4 parlementaires élus et 40 candidats en seconde position derrière le Labour.  Le parti présentait 574 candidats.

Siân Berry, ancienne candidate à la mairie de Londres, conserve le siège de Brighton, Carla Denyer l’emporte sur la candidate Labour (Thangam Debbonaire – membre du cabinet fantôme) à Bristol Central et Adrian Ramsay à Waveney Valley. Et Ellie Chowns à Herefordshire North. Les écologistes incarnent une gauche qui ne se renie pas, et qui met en avant les questions climatiques ignorées par la plupart des autres partis britanniques.

Une déroute en Ecosse aux allures de fin de règne

Le Labour l’emporte grâce à l’effondrement du parti conservateur. Il profite d’une autre déroute, au nord du pays. Le Scottish National Party est balayé par le Labour, il perd 39 sièges. 9 élus, sanctionnés par le vote utile massif pour chasser les conservateurs.

Il paie son absence de progrès sur la question de l’indépendance, ses dissensions internes étalées sur la place publique sur les questions de genre, sa politique éducative et de santé contestées n’ont pas convaincu. Et l’enquête sur les malversations financières, impliquant Nicola Sturgeon et son mari, ont également plombé le parti qui se retrouve marginalisé au niveau de 2010.

John Swinney, leader du parti, peut se consoler avec le scalp du leader du parti conservateur écossais, battu par le candidat SNP, mais il faut tenir compte du résultat élevé (et inédit) du Reform Party de Farage.

Le SNP est groggy. Tel un réflexe, sa première réaction concerne l’indépendance. Le manifeste du parti pour ces élections annonçait qu’en cas de victoire en Ecosse (comme aux précédentes élections générales où le SNP raflait l’essentiel des parlementaires), il remettrait sur la table un nouveau référendum. Compte tenu du désaveu, la tâche s’avère compliquée, il va falloir le temps de la réflexion et espérer que le Labour ne soit pas en position de contester le SNP au Parlement Ecossais en 2026.

L’extrême droite en embuscade

Nigel Farage parvient à la huitième tentative à entrer au parlement. Le Reform UK obtient 5 élus. Cela peut sembler modeste, mais d’autres éléments sont à prendre en compte pour mesurer l’ampleur de la percée de l’extrême droite. Avec 14% et 4 114 287 de suffrages, il se hisse en troisième position, et provoque la chute de nombreux élus conservateurs, après une campagne axée sur « la faillite du gouvernement à empêcher l’invasion de demandeurs d’asile ». Le Reform Party arrive en seconde position dans 103 circonscriptions, dans 12 d’entres elles le score est serré. Il part déjà en campagne en vue des élections de 2029.

La victoire du Labour manque de soutien populaire, et c’est avant tout le rejet des tories qui marque les esprits. Tories qui paient cher leurs manipulations et la brutalité de leur politique d’austérité.  L’extrême droite plus que jamais, fourbit ses armes.

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